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Depuis la rentrée de septembre, Le Pailladin pousse les portes de l’ASL à visée professionnelle pour recueillir la parole des participantes.
Mathieu Conte, le rédac’ chef, revient sur son expérience. L’occasion de parler médias, journalisme et ... démarche participative !


Le Pailladin, c’est quoi exactement ?

Le Pailladin est un journal de quartier participatif. Contrairement aux journaux traditionnels, il ne s’agit pas forcément d’y faire de l’information mais de favoriser l’expression des habitants, en particulier des publics dont on n’entend jamais la parole dans les médias. Ce journal est gratuit, tiré en 2000 exemplaires et distribué dans la majorité des bâtiments accueillant du public sur le quartier de la Paillade (Centre social Caf, les 3 collèges, les 3 Maisons pour tous, les 2 médiathèques, Pierresvives, le théâtre Jean-Vilar, le Pôle Santé, le CCAS, la Mission locale, quelques commerces de Saint-Paul, le marché, etc.). Seules trois choses sont "interdites" : parler de soi de manière intéressée (on peut raconter un truc qui nous est arrivé, mais pas parler de son activité par exemple), faire des articles orientés politiquement (même si on peut aborder des sujets sérieux), et parler de religion. Dans le respect de ces règles, le choix des sujets appartiennent aux contributeurs. Depuis janvier 2017, quatorze numéros sont sortis, dont un réalisé au Maroc.

Pour toi, être journaliste c’est ...

Oulà, je pourrais te répondre des pages et des pages... Hum... Disons qu’être journaliste, c’est rendre compte à la population de ce qu’il se passe, en termes d’actualité, de manière objective. Voilà pour le reportage simple.
Il s’agit aussi de rendre accessibles les sujets compliqués. La mission du journaliste de plus en plus compliquée car avec l’arrivée du web et des réseaux sociaux, on leur demande toujours d’en faire plus alors qu’ils sont de moins en moins nombreux. Autre danger, non négligeable, un journaliste doit veiller dans ses sujets à se poser des questions, ne pas se contenter de rapporter ce qu’on lui dit, au risque de n’être qu’un simple communicant. La frontière est de plus en plus mince entre le journalisme et la com’. Je dis souvent que le journalisme est un métier de rêve qui se porte très mal. Il faut aussi être vigilant à leur indépendance politique (à qui appartiennent les journaux ?) et financière (les pubs représentent en général 40% des revenus d’un canard, que faire si Lidl annonce un plan de licenciements mais m’achète des pages de pubs ?)...
D’un point de vue plus personnel, le métier de journaliste est très enrichissant. Il t’emmène sur des terrains où tu ne serais jamais allé, t’ouvre à de nombreux milieux et des gens très différents. Il t’aide à comprendre le territoire dans lequel tu vis, c’est une vraie ouverture sur le monde. Enfin, je dirais qu’être journaliste, c’est une responsabilité. On ne se rend pas bien compte de l’impact et des conséquences que peuvent avoir des articles, même petits.

Pourquoi venir en ASL ?

Venir en ASL a un grand intérêt pour moi. Cela me permet de recueillir la parole des femmes qui y participent. Elles font partie de ce public dont je parlais, que l’on ne voit ou n’interroge jamais dans les autres médias. Leurs histoires de vie sont intéressantes et le fait de les exprimer dans un journal participe (en tout cas je l’espère) à les valoriser et les "faire exister" dans la vie publique. Si en plus le journal leur sert de support d’apprentissage, c’est parfait. Le travail qu’on réalise ensemble s’inscrit pleinement dans l’objectif de base de ce projet, qui est à la fois de valoriser les habitants et de les rendre acteurs.

Si tu devais qualifier ton expérience avec les participantes à l’atelier en un mot ce serait ?

Le meilleur moment de ma semaine. Si vraiment tu veux un seul mot ce serait "enrichissant". Sans l’atelier, je n’aurais sans doute jamais côtoyé ces mamans. Elles sont à la fois partout et "invisibles" sur le quartier. Discuter, les écouter et rire avec elles est pour moi un privilège.

Comment tu vois Le Pailladin du futur ?

Je ne sais pas vraiment comment je vois le Pailladin du futur. Je m’apprête à réussir un petit défi que je m’étais lancé : sortir un numéro sans ma signature. J’espère que cela arrivera régulièrement, car ce journal n’est pas le mien. L’objectif est que cela arrive de plus en plus et que je n’aie plus à galérer pour recueillir des témoignages. Que la population se l’approprie vraiment. C’est sans doute utopiste, mais c’est ce qu’il faut viser. Encore pas mal de structures nous contactent parce qu’elles veulent qu’on parle d’elles dans le journal. L’objectif est qu’on nous contacte pour apporter des contributions. Il y a encore une grande marge de progression, dans la zone de distribution, dans le nombre et la diversité des contributeurs, dans les interventions auprès des jeunes, etc. Ce n’est pas toujours évident à mettre en place mais s’il peut servir à quelques-uns, c’est déjà génial. Quand une mère se sent fière parce que son fils est en portrait, qu’un jeune se fait la main en écrivant dedans et réussisse l’Ecole de journalisme, ou même que des gens se divertissent en le lisant dans le quartier, ça n’a l’air de rien mais ce sont pour moi de grandes victoires. Quelques moments comme ça suffisent à me convaincre que cela sert à quelque chose.


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